Nous sommes le 14 septembre, voila un mois que je suis arrivee ici...ca passe tres vite, trop vite!
J'ai en meme temps l'impression que cela fait plus longtemps que cela que je suis arrivee, car il s'est passe tellement de choses!
Je ne suis pas encore a l'heure du bilan mais je dois dire que je me sens bien ici!
Le RAC ici est vu comme l'endroit le plus difficile a vivre....
D'ailleurs j'en profites pour vous parler d'un reportage qui a ete fait ici par des journalistes de
Canal + "les damnes de Manille" diffuse en avril dernier (je ne suis pas la pour encourager le telechargement...mais pour des reportages aussi interessant...si!), tres bon reportage sur Payatas (bidonville construit sur une decharge ou Virlanie a beaucoup travaille), sur les enfants des rues sniffant de la colle, sur la mobile school et sur le RAC (en camera cache bien-sur). On peut voir et apprecier (!) les conditions de vie des enfants, on peut aussi voir que certains enfants y sont encore (certains "special" sont la depuis 3 ans!)...
Ils expliquent assez bien le systeme politique totalement corrompu de Manille et l'influence de la religion aux Philippines. Le maire de Manille dit clairement vouloir "nettoyer" les rues de Manille, pour cela il a fonde le RAC. Mais le RAC n'est en aucun cas une solution aux problemes de pauvrete ici...il ne fait que "demenager" la pauvrete en province ou dans d'autres quartiers!
L'avortement est evidemment prohibe et les plannings familiaux sont quasi inexistant ...voila comment certaines familles se retrouvent avec 6 enfants ou plus dans la rue...sans argent pour les nourrir!
Et voila pourquoi nous voyons debarques des familles entiere au RAC avec des enfants allant de 3 mois a 15 ans...
Des enfants malformes, des enfants drogues, des enfants violes, battus...et je crois qu'on imagine pas le pire!
Je ne crois pas vous avoir parler de Tata. Tata est une jeune fille de 17 ans, tres jolie, qui parle tres bien anglais (ca tombe bien car mon niveau de Talalog n'est toujours pas au top meme si il s'ameliore!). Tata vivait en Province lorsque sa soeur lui proposa un travail sur Manille (un client de l'institut de massage ou elle travaillait avait besoin de quelqu'un pour s'occuper de sa maison). Tata a accepte car elle doit aider sa famille a survivre, alors pour un salaire de 3000 pesos, Tata envoya chaque mois 2000 pesos....mais voila le travail s'est revele un peu different de ce qui etait annonce. Tata racontes comment chaque soir elle entendait arriver cet homme dans sa chambre...et comment chaque soir, il la violait. Tata s'est echappee apres un mois dans cette maison. Elle a eu enormement de courage, et elle en parle avec le sourire....
Ils sont comme ca les philippins, ils vous parlent de choses qui nous paraissent totalement inhumaines avec le sourire!
Heureusement il y a des sourires et des petits miracles...D'ailleurs j'ai une bonne nouvelle, Gesabel (une des "special") est sortie du RAC la semaine derniere et a integre une maison Virlanie.
Gesabel est une petite de 12 ans environ qui est mal voyante et adorable, tres douce. Je suis passee la voir dans sa nouvelle maison et elle a deja beaucoup progressee en une semaine ( elle demande a aller au toillette maintenant alors qu'avant elle faisait sur elle....c'est genial comme progres!)
A gauche Gesabel, a droite Akapei qui est la prochaine sur la liste pour sortir.
C'est difficile de decrire la vie au RAC...ce qui est sure, est que c'est un bonheur chaque matin de retrouver tous ces gens qui y vivent pour un temps donne. Ces enfants mais aussi les lolas et lolos (grand-peres et grans-meres), ces familles entieres (beaucoup de femmes seules avec leurs enfants). On est tres souvent impuissant face a ce qui nous arrive (beaucoup nous demandent des soins medicaux...que nous ne sommes bien evidemment pas en mesure de donner)...alors comme on dit on est dans "l'etre", on est a cote d'eux et on les ecoute...
Ici on demande tres rarement "comment ca va" (ce n'est pas dans la culture) mais lorsque l'on leur demande et qu'on les ecoute, ils ne s'arretent plus de parler! ils nous arrivent de les ecouter parler en tagalog tres longuement, et meme si on ne comprends rien, ca leur fait beaucoup de bien de parler!
Le personnel du RAC pourrait le faire me dirait vous...car nous ne sommes pas seuls au RAC, il y a bien du personnel mais voila, celui ci est plus souvent assis derriere son bureau que sur le terrain et si ce dernier se decide a bouger, c'est avec un foulard sur le nez qu'il le fait (pour les odeurs et les microbes j'imagine!)...Il n'y a meme pas d'infirmiere officielle au RAC, seule celle payee par Virlanie est presente (et je ne parle meme pas d'un medecin...dont nous aurions bien besoin). Les soins sont nombreux: ca va des petits bobos (qui dans les eaux usees de la rue s'infectent a une vitesse folle...un de nos beneficiaire a frolle l'amputation a cause d'une eraflure au pied mal soignee...), a des maladies contagieuses (la galle), une des enfants est epileptique (Johanne qui a fait recemment une crise lorsque j'etais la...et comme d'habitude, le personnel du RAC present n'a pas leve le petit doigt)...
Le RAC se transforme parfois en mouroir, car il y a aussi les cas de lolos qu'on nous transfert de l'hopital car ils n'ont pas assez d'argent pour les soigner...alors on les met au RAC, en attendant...(il y a 2 semaines, un lolo est decede dans la nuit...).
Je ne souhaite a personne d'etre au RAC, ce n'est pas pire que la rue, ici ils ont au moins a manger et un endroit ou dormir en securite...mais souvent les enfants veulent retrouver leurs libertes (liberte illusoire de la rue) alors de temps en temps ils tentent des evasions...et souvent lors de nos activites...Voila comment vendredi dernier 3 ados se sont echappes par dessus le murs (haut de 12 ou 13 metres je pense)....Que doit on faire dans ces cas la? rien. On est pas flics alors si ils ont decide de s'echapper, on les laisse faire (on ne les aide pas mais on laisse faire)....on fait comme ci on ne voyait rien et on le dit apres au staff...qui d'ailleurs ne fait toujours rien....ils le note sur un cahier voila tout.
Ces gamins nous les reverront surement bientot au RAC, re-ramasses par les flics un soir dans Manille.
Malgre la durete de tout ce qu'on rencontre au RAC et malgre son cote "inhumain", j'aime les gens qui le compose, toutes ces rencontres, toutes ces vies qui se croisent...alors merci a eux, merci de me donner tant!